Wednesday, August 29, 2012

2012.08.54

Pierre-Louis Gatier, Julien Aliquot, Lévon Nordiguian (ed.), Sources de l'histoire de Tyr: textes de l'Antiquité et du Moyen Âge. Beyrouth: Presses de l'IFPO; Presses de l'Université Saint-Joseph, 2011. Pp. 303. ISBN 9782351591840. €15.00 (pb).

Reviewed by Élodie Guillon, Doctorante à l'Université de Toulouse (UTM) (eguillon31@gmail.com)

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Table of Contents

Pierre-Louis Gatier, Julien Aliquot et Lévon Nordiguian nous proposent un ouvrage collectif né d'une idée originale et ambitieuse, celle de rassembler des sources extrêmement variées et dispersées sur l'histoire d'une grande cité méditerranéenne antique et médiévale, Tyr. Le projet initial, de 2006, prévoyait un colloque sur ce thème, mais les événements régionaux ont obligé les éditeurs à recourir à une autre forme de travail collectif suivant un double objectif : faire le point sur les textes antiques et médiévaux concernant l'histoire tyrienne et soutenir la recherche archéologique, récente ou en projet, in situ. Tout en souhaitant aider la recherche sur Tyr, largement lacunaire à l'heure actuelle, les auteurs espèrent également éveiller l'intérêt d'un public plus large, cultivé et curieux.

Compte tenu de l'ampleur de la documentation, les éditeurs ont privilégié différents dossiers de sources textuelles, thématiques ou chronologiques. L'ouvrage s'organise donc en 11 contributions, dont 7 sont relatives à l'Antiquité, avec une large place faite à l'épigraphie, et 4 traitent du Moyen-Âge. Le cadre chronologique est délimité dans l'introduction. Il englobe les périodes antiques dites historiques, c'est-à-dire les époques hellénistique, romaine et byzantine, ainsi que le Moyen-Âge jusqu'à la prise de Tyr par les Mamelouks et la destruction de ses remparts en 1291.

La première partie s'ouvre par la contribution de Françoise Briquel-Chatonnet qui propose un bilan d'un des plus riches dossiers épigraphiques tyriens : les inscriptions hellénistiques. Classé par zones de découverte, ce dossier n'est pas exhaustif et fait la part belle aux inscriptions religieuses, choix que l'auteur justifie à la fin de son article. Elle ne propose pas de traduction, ni d'informations nouvelles, mais bien une synthèse des données existantes et des pistes de recherche nées de l'étude des inscriptions, dans le domaine de l'onomastique, la politique ou la linguistique notamment, une longue bibliographie à l'appui.

Jean-Baptiste Yon s'intéresse également à la période hellénistique dans le cadre d'un dossier différent, celui des Tyriens expatriés en Méditerranée. Se focalisant, dans un premier temps, sur les gens de lettres qui forment un groupe à part, il propose ensuite de regarder, par zones géographiques, l'ensemble des dossiers épigraphiques ayant trait aux groupes tyriens installés tout autour de la Méditerranée, par exemple en Grèce, en Asie Mineure, en Égypte ou à Carthage. Le vaste corpus qu'il réunit, de façon très claire et organisée, mentionne surtout des notables, souvent des commerçants, des athlètes et des philosophes. En conclusion, Jean-Baptiste Yon propose différentes pistes de recherche et une mise en perspective de sa démarche prosopographique, intéressante et exploitable, selon lui, dans le cadre d'une étude plus vaste sur les Phéniciens et les Orientaux expatriés en Méditerranée.

Les deux contributions suivantes concernent l'époque romaine. Le premier dossier est présenté par Julien Aliquot et traite des Tyriens dans le monde romain, d'Aguste à Dioclétien. Il est articulé en deux parties - une étude menée par catégories socio-professionnelles des Tyriens apparaissant dans les inscriptions et un catalogue exhaustif, organisé par zones géographiques, reprenant l'ensemble du corpus à disposition avec transcriptions et traductions, mais aussi discussions autour de certains de ses éléments. L'ensemble de la contribution fait ainsi ressortir trois groupes importants : les ambassadeurs et hommes de lettre, connus nommément pour la majorité, les marchands et les affranchis, en particulier à Rome et Pouzzoles et enfin les soldats au service de Rome, notamment à travers des textes mentionnant la cohors Tyriorum. Julien Aliquot conclue son étude sur l'apport du dossier et ses lacunes, par exemple au sujet des plus humbles expatriés. La volonté d'exhaustivité de l'auteur et la présence d'un catalogue font de ce dossier l'un des plus complets de l'ouvrage. Il est également suivi d'un index onomastique des Tyriens expatriés, rédigé par Julien Aliquot et Jean-Baptiste Yon.

Jean-Paul Rey-Coquais présente ensuite une inscription latine inédite découverte dans la nécropole de Tyr. Malgré la perte du support, l'auteur a pu en proposer une transcription et une traduction. Il en met enfin en lumière l'apport et l'intérêt : seule épitaphe latine retrouvée dans la nécropole de l'isthme, elle renseigne sur un fonctionnaire romain en poste à Tyr. Remise en contexte, elle souligne une nouvelle fois la force des rapports entre la cité et Rome ainsi que sa place régionale de premier ordre à l'époque romaine.

La partie sur les sources antiques se clôt avec l'étude de Pierre-Louis Gatier relative aux sources hagiographiques. Il s'interroge sur leurs apports dans le cadre du culte des saints, phénomène essentiel dans le développement du christianisme antique. Il y cherche, en outre, les détails éclairant l'histoire et la topographie tyriennes. Même si la conclusion est finalement décevante, puisque l'auteur ne trouve aucun élément éclairant les sanctuaires de la cité, l'article, très complet, présente un corpus riche, diversifié, bien délimité et expliqué, renseignant au moins sur le développement des cultes de Saint Paul, Sainte Christine et Marie. Les sources présentées sont aussi susceptibles d'éclairer les questions de société de l'époque protobyzantine, celle des différents métiers connus, des rapports commerciaux de Tyr avec l'Égypte, de la place de la minorité juive dans la cité ou encore des réseaux monophysites tyriens.

Il ressort des différents dossiers examinés l'image en pointillés d'une ville importante et rayonnante. L'hétérogénéité des dossiers, cependant, empêche une vision continue et évolutive de Tyr et des Tyriens dans l'Antiquité.

La seconde partie de l'ouvrage regroupe quatre contributions ayant trait à la Tyr médiévale. D'abord, celle de David Bramouillé, dédiée à la période fatimide. En raison de la nature et du nombre plus important de sources à sa disposition. L'auteur présente, de manière moins exhaustive, textes arabes, chrétiens melkites ou judéo-arabes. Protégée par ses fortifications puissantes, jugée imprenable, Tyr a alors développé un sentiment d'impunité face au pouvoir fatimide que David Bramouillé juge pénalisant, notamment dans ses rapports commerciaux avec l'Égypte.

La contribution de Patricia Antaki-Masson fait écho à la précédente, puisqu'elle s'attache aux fortifications de Tyr, durant trois périodes différentes : la première époque islamique, l'époque franque et l'époque mamelouke. Outre une description physique des fortifications tirée des textes, l'auteur explique les choix militaires défensifs éclairés par leur contexte politique et stratégique régional. Cette étude très complète s'achève avec la prise de la ville par les Mamelouks et le démantèlement des fortifications afin de ne pas laisser aux Croisés la possibilité de faire de Tyr une de leur base militaire.

Pierre-Vincent Claverie s'intéresse ensuite aux sources diplomatiques et leur contribution à l'histoire ecclésiastique de Tyr. S'appuyant sur un vaste corpus de quelques 430 documents, il présente les principaux faits historiques liés à l'archevêché tyrien à l'époque des Croisades. Il met en lumière un dossier complexe impliquant Tyr, Antioche et Jérusalem, mais également d'autres villes de la Phénicie maritime comme Béryte. Un point intéressant est l'intervention de Rome qui, dans un contexte bien différent de l'Antiquité, souligne tout de même la permanence de liens privilégiés entre Tyr et l'Italie.

Cécile Treffort propose, pour clore la partie médiévale de l'ouvrage, un retour à l'épigraphie, avec les inscriptions latines et françaises des XIIe et XIIIe siècles. Elle présente, à la suite de son étude, le catalogue inédit et exhaustif de l'ensemble des sources. Elle souligne ensuite les difficultés méthodologiques posées par ces sources avant d'éclairer le lecteur sur la composition de son catalogue. Sur les 18 inscriptions présentées, la très grande majorité sont des épitaphes, mentionnant des noms et des fonctions. L'auteur donne quelques pistes d'étude, mais elle ouvre surtout sur une perspective plus large, à savoir un travail approfondi et élargi sur l'ensemble des inscriptions lapidaires levantines, qui permettrait, selon elle, d'affiner les datations et d'avoir un aperçu plus intéressant de la classe socio-économique qui a produit ces témoignages.

Cette partie de l'ouvrage est différente de la précédente, en raison d'une documentation plus fournie et diversifiée. Les nombreuses sources écrites, associées aux inscriptions lapidaires permettent d'entrer dans les murs de la cité, de saisir une partie de sa topographie, militaire et religieuse en particulier, et de connaître les détails de ses implications dans la géopolitique régionale. Elle est suivie d'une annexe, une étude diachronique de Pierre-Louis Gatier sur les séismes, phénomène qui a traversé l'ensemble des périodes étudiées.

À la lecture de ces onze contributions et de l'annexe de Pierre-Louis Gatier, on peut dire que l'ouvrage répond globalement aux objectifs fixés en introduction par les éditeurs. Dans un même livre, en effet, ont été regroupés et surtout classés des ensembles de documents écrits ayant trait à l'histoire de Tyr. Les difficultés posées par les sources sont clairement exposées dans chaque contribution. Des propositions de questionnement des documents sont avancées, pour utiliser au mieux ou redécouvrir certains corpora. L'absence d'une conclusion synthétique, toutefois, se fait ressentir, d'une part pour donner plus de cohérence à l'ensemble de l'ouvrage, constitué de corpora de qualité et quantité très inégale, en soulignant par exemple les apports des différents dossiers et leurs points communs pour l'étude de la cité, et d'autre part pour résumer les pistes et possibilités de recherche proposées par les auteurs. Quant à la non exhaustivité des dossiers, elle est annoncée dès l'introduction et expliquée clairement par la variété des sources et donc des outils que leur étude mobilise. Nous pouvons donc nous joindre aux éditeurs quand ils souhaitent que les années à venir voient la parution d'autres volumes du même genre pour d'autres ensembles documentaires ou d'autres cités phéniciennes.

2 comments:

  1. Erratum : veuillez trouver ci-joint le commentaire sur la contribution de M. Badoud, malencontreusement omis dans le compte-rendu.
    Avec mes sincères excuses. E.G.

    Nathan Badoud propose une étude sur les Tyriens à Rhodes, à partir de documents épigraphiques hellénistiques. Grâce à sept inscriptions, transcrites et traduites dans l'article, l'auteur aborde aussi bien des problèmes de datation que des questions sur l'identité, les liens sociaux et les activités des Tyriens sur l'île. Plusieurs figures appuient son raisonnement et rendent l'étude claire et agréable à la lecture.

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  2. Erratum : veuillez trouver ci-joint le commentaire sur la contribution de M. Badoud, malencontreusement omis dans le compte rendu.
    Avec mes sincères excuses. E. G.

    Nathan Badoud propose une étude sur les Tyriens à Rhodes, à partir de documents épigraphiques hellénistiques. Grâce à sept inscriptions, transcrites et traduites dans l'article, l'auteur aborde aussi bien des problèmes de datation que des questions sur l'identité, les liens sociaux et les activités des Tyriens sur l'île. Plusieurs figures appuient son raisonnement et rendent l'étude claire et agréable à la lecture.

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