Thursday, August 28, 2014

2014.08.55

Paul-Hubert Poirier, Agathe Roman, Thomas Schmidt, Eric Crégheur, José H. Declerck (ed.), Contra Manichaeos Libri IV: Graece et Syriace; cum excerptis e Sacris Parallelis Iohanni Damasceno attributis Titus Bostrensis. Corpus Christianorum Series Graeca (CCSG), 82. Turnhout: Brepols
Publishers, 2013. Pp. clv, 427. ISBN 9782503544144. €350.00.

Reviewed by Anna Van den Kerchove, Institut protestant de théologie, Paris (Petosiris33@gmail.com)

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La
prestigieuse collection « Corpus Christianorum. Series Graeca » propose un nouveau volume lequel, à n’en pas douter, fera date. Consacré au Contre les manichéens de Titus de Bostra, il regroupe l’édition critique du texte syriaque, du texte grec et des extraits grecs conservés dans les
Sacra parallelis attribués à Jean Damascène. Pour ce travail qui débuta au milieu des années 1980, Paul-Hubert Poirier, qui en est à l’origine, a réunit autour de lui une équipe qui s’est étoffée au cours du temps: Éric Crégheur qui l’assista pour l’établissement du texte syriaque; Agathe
Roman, avec l’aide de Thomas S. Schmidt, pour celui du texte grec et José Declerck pour les Sacra parallelis.

Une introduction (p. XI-CVII), due essentiellement à Paul-Hubert Poirier, fait le point sur l’auteur, ses ouvrages et sur le Contra manichaeos. On a très peu d’éléments sur Titus de Bostra, dont la réputation semble être en grande partie due à son écrit contre les manichéens qui date
vraisemblablement de 363. C’est d’ailleurs sa seule œuvre qui nous soit parvenue dans son intégralité, dans une traduction syriaque. Une version grecque est également connue, ne donnant cependant que les trois quarts du texte. L’ouvrage semble avoir cependant connu une diffusion assez limitée;
Paul-Hubert Poirier avance deux raisons principales: le style et la langue de l’auteur, qualifiés de « assez rébarbatifs » (p. xx); et « le fait que les œuvres polémiques risquent toujours de sombrer dans l’oubli, une fois disparue l’hérésie ou l’erreur qu’elles prétendaient réfuter » (p. xx).

Après un rappel des maigres informations sur l’auteur, les éditeurs reviennent sur la tradition manuscrite, qui est essentiellement directe. La tradition indirecte est en effet minime, avec, du côté grec, les Sacra parallelis (auxquels une annexe est entièrement consacrée) et le
florilège d’Étienne Gobar, et, du côté syriaque, quelques florilèges. La tradition manuscrite directe consiste en 7 manuscrits grecs et un syriaque. Se fondant sur les recherches antérieures et sur l’étude comparative des manuscrits, Paul-Hubert Poirier propose un stemma convaincant (p. LI): les
cinq manuscrits siglés BLAHD, de l’époque moderne (fin XVIe – XVIIe siècle), remontent au manuscrit conservé à Gênes (sigle G) qui date du XIe siècle et qui donne le texte jusqu’à III, 7, 27. Le septième manuscrit, découvert plus récemment (en 1924), l’Athonensis
Vatopedinus 236 (sigle V), est aussi ancien que G, mais aucune copie plus récente de ce manuscrit n’est connue; il est plus long que G, donnant le texte jusqu’à III, 30, 5. La section sur la tradition manuscrite grecque se clôt par une analyse non exhaustive (comme le reconnaissent les auteurs,
p. LIII) mais relativement longue (p. LII-LXXIII) du style de l’auteur, justifiant le qualificatif « rébarbatif » qui lui est donné.

La section suivante est consacrée au manuscrit syriaque qui transmet la traduction syriaque de l’œuvre, qui est un unicum et est capital pour la connaissance du Contra manichaeos. Il donne en effet le texte dans sa totalité; surtout, il est plus ancien que tous les manuscrits
grecs (il s’agit par ailleurs du plus ancien manuscrit syriaque conservé), postérieur d’un demi-siècle seulement à la composition du texte en grec; la traduction syriaque, dont le manuscrit donne une copie (avec des fautes), aurait donc été effectuée peu de temps après la composition. Au-delà des
fautes commises par le scribe, l’étude de la traduction montre combien le traducteur a eu le souci de coller au sens et à la lettre du texte grec. La dernière section de la partie introductive sur la tradition directe concerne les traductions latines, qui ont été réalisées dans le cadre de la
réaction catholique à la réforme protestante. Si on relie cela au fait que cinq des manuscrits grecs datent de la même époque ou sont légèrement postérieurs, il serait intéressant d’étudier plus en détail l’histoire de la transmission de cet ouvrage de polémique en lien avec la situation
religieuse de l’époque moderne, entre protestants et catholiques, et d’étudier également comment Titus de Bostra a été directement ou indirectement utilisé dans les controverses religieuses de l’époque. Cela permettrait de compléter les pages que Nils Arne Pedersen a consacrées à cette
thématique dans son Demonstrative Proof in Defence of God. A Study of Titus of Bostras’Contra Manichaeos. The Work’s Sources, Aims and Relation to its Contemporary Theology, Leyde, Brill, p. 69-75.

Paul-Hubert Poirier revient ensuite sur les éditions antérieures et, de manière intéressante pour l’histoire de la recherche, sur les projets éditoriaux qui n’ont pas abouti. Dans un dernier temps, un plan détaillé de l’œuvre est donné (p. LXXXIX-XCVIII), montrant son originalité par rapport
à d’autres œuvres polémiques: elle est organisée en diptyque, les deux premiers livres étant consacrés à la réfutation des thèses manichéennes, les deux suivants abordant l’interprétation manichéenne des Écritures.

L’introduction est suivie d’une annexe (p. CIX-CXXXVII) et d’une bibliographie (p. CXXXIX-CLV). L’annexe, de la plume de José Declerck, est consacrée aux Sacra parallelis. Une introduction revient sur la tradition manuscrite et sur la recherche antérieure des extraits manichéens. José
Declerck a repéré deux extraits supplémentaires, portant leur nombre à 9, dont deux avec deux versions chacun. Il donne ensuite l’édition des extraits manichéens. La partie suivante est consacrée à l’édition du grec, essentiellement fondée sur V (avec l’aide de G et B), et à celle de la version
syriaque, qui « est essentiellement une reproduction, la plus fidèle possible de l’unique témoin manuscrit de l’ouvrage » (p. CIII). Les deux sont données en vue synoptique (le grec à droite, le syriaque à gauche), avec, dans les deux cas, un apparat critique, un apparat des citations, et, pour
le texte syriaque, un apparat des doublets de la traduction. Nous n’avons pas les compétences pour juger de l’édition du syriaque, mais pour la partie grecque, l’édition est de très bonne qualité. Les citations manichéennes faites par Titus de Bostra sont signalées, dans le texte grec, par une
modification de la typographie (dilatation des lettres); dans le texte syriaque, aucune modification typographique ne les signale, mais elles sont aisément repérables grâce à la particule ܠܡ; de plus, un index des occurrences de cette particule permet de les retrouver facilement. Il est à noter
que la version syriaque signale plus de citations manichéennes que le grec.

Outre l’index de la particule syriaque qui introduit les citations manichéennes, il y a un index des noms et un index des citations bibliques.

Un volume consacré à la traduction devrait paraître avant la fin de l’année 2014 dans la collection « Corpus Christianorum in Translation » et complètera très utilement cet ouvrage éditorial. L’ensemble sera fort utile pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des religions et plus
particulièrement à l’étude de l’Église manichéenne, mais également à tous ceux qui étudient l’histoire des controverses, aussi bien pour l’époque antique que pour la période moderne.

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