Thursday, December 6, 2012

2012.12.19

Daniela Manetti (ed.), Studi sul De indolentia di Galeno. Biblioteca di Galenos, 4. Pisa; Roma: Fabrizio Serra editore, 2012. Pp. 118. ISBN 9788862274982. €44.00 (pb).

Reviewed by Danielle Gourevitch, École pratique des hautes études (dgourevitchbis@gmail.com)

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Ce petit livre de 118 pages, quatrième de la « Biblioteca di Galenos », est une réponse italienne à la découverte, à la publication et à la traduction commentée du petit traité de forme épistolaire adressé à un ami que nous ne connaissons pas, classé désormais sous son nom latin De indolentia, que Galien écrivit à la suite de la perte de ses biens les plus précieux, due à l'incendie de Rome en 192. Il devait montrer l'étendue de ses pertes, tout en expliquant qu'il n'en avait pas souffert, et que c'était bien ainsi. Le manuscrit du monastère des Vlatades à Salonique (ou plutôt son microfilm) a été il y a peu d'années découvert par Antoine Pietrobelli lors de recherches pour sa thèse; Véronique Boudon-Millet, son directeur de recherche, à qui il l'avait signalé l'a lu in extenso et y a découvert plusieurs inédits, dont cette œuvre, exceptionnellement instructive à de multiples points de vue ; aujourd'hui, parée d'une auréole de quasi-miraculée, elle est déjà la source de nombreux commentaires dont le nombre ne cesse d'augmenter (liste à la fin de 2011 p. 21-22). Des éditeurs ou traducteurs (dont la liste figure aussi p. 21), seule Paraskevi Kotzia a été conviée au séminaire, source du présent livre, qui s'est tenu à Florence en novembre 2010 « Sul nuovo Galeno del codice Thessalonicensis Vlatadon 14 ». Il en résulte six chapitres, suivis d'index fort utiles (des passages cités et des auteurs médiévaux et modernes, par Paola Annese), de six auteurs d'horizons divers, d'où la variété des thèmes et des styles dans lesquels ils sont présentés. Plus que des études sur le de indolentia, ce sont des essais autour du texte, mais qui tous s'attachent plus ou moins à l'établissement de celui-ci, ce qui justifie pleinement la parution dans cette collection philologique, compagne de la revue du même nom (depuis 2007), dirigées par Ivan Garofalo.

Daniela Manetti (Florence), l'organisatrice, qui vient de publier en 2010 le fameux Anonymus Londiniensis. De medicina, avec « Galeno περὶ ἀλυπίας e il difficile equilibrismo dei filologi », donne un chapitre introducteur qui s'attache à certaines difficultés du texte et de son titre, et à certains points de son contenu (dont l'hypothétique traité d'Aristote ou de Théophraste, sur lequel reviendra Kotzia) ; et qui nous montre un Galien bibliophile et véritable chasseur de livres.

Puis suivent, dans l'ordre alphabétique :

- Francesco Becchi (Florence), spécialiste de Plutarque, qui examine « la psicopatologia di Galeno : il περὶ ἀλυπίας » sous le registre de la causalité et nullement de la thérapeutique, en historien de la philosophie plus que de la médecine : les maladies de l'âme en général et le chagrin en particulier signent la faiblesse de celle-ci (ἀσθένεια ou ἀτονία) qui laisse entrer des opinions fausses et des erreurs de jugement, qui donneront telle ou telle maladie selon leur thème.
- Gianluca del Mastro (Naples), papyrologue de renom et spécialiste notamment des papyrus carbonisés d'Herculanum et donc de l'archéologie du livre, avec « Μέγα βιβλίον. Galeno e la lunghezza dei libri (περὶ ἀλυπίας 28) », s'empare d'un court passage pour faire le bilan de la longueur des livres antiques, du découpage en rouleaux, de leur maniabilité etc.
- Ivan Garofalo (Sienne) propose brillamment une série de quelques « Emendati al de indolentia », au fil du texte, en se fondant, selon sa méthode habituelle, sur la comparaison avec la tradition arabe qu'il connaît si bien.
- Paraskevi Kotzia (Thessalonique) est la seule du groupe à avoir pu autopsier le manuscrit farouchement gardé par les moines orthodoxes à l'abri des regards étrangers ; spécialiste de philosophie, en particulier d'Aristote, et non pas de médecine ancienne, elle s'intéresse ici (en anglais) à « Galen περὶ ἀλυπίας : title, genre and two cruces », ce qui fait plutôt trois notules qu'un article ; les deux passages difficiles touchent à Aristippe, réputé coupable de φιληδονία ; et à Théophraste, auteur d'un hypothétique troisième traité botanique (avec une discussion intéressante du mot σύναρμος", importante aussi pour la connaissance du livre ancien).
- Amneris Roselli (Naples), avec « Galeno dopo l'incendio del 192 : bilancio di una vita », découvre tout ce qu'il y a ici de neuf dans l'autobiographie en quelque sorte privée du médecin de Pergame, petits et grands événements, évolution morale et intellectuelle ; mais aussi dans sa vie publique, avec en particulier les difficultés politiques du temps de Commode.1

Un choix donc, discutable comme tous les choix, sans doute trop italotrope, peut-être même gallophobe,2 mais intéressant et très bien édité (avec son caractéristique sigma lunaire !), qui passionnera les historiens de la langue grecque, de la médecine et de la philosophie antiques, du livre et des bibliothèques, et du personnage d'un Galien humanisé.3 Partageons la profession de foi de Manetti (p. 21) : « Qui sta davvero la potenza della societas philologorum, perchè, nel tempo, il testo costituito dell'autore antico risulterà il frutto di una partecipazione collettiva, di un concorso di idee, per ora in movimento, ma che troveranno infine una combinazione che si stabilizzerà… »4



Notes:


1.   N'oublions pas qu'il avait soigné Commode garçonnet (Cf. Danielle Gourevitch, I giovannni pazienti di Galeno, Laterza, Bari-Roma, 2001).
2.   L'édition de référence est celle des Belles-Lettres (Paris 2010), mais ni Boudon-Millot ni Jouanna ni Pietrobelli ne peuvent la défendre, ou se défendre !
3.   Doit sortir d'une semaine à l'autre, aux Belles-Lettres encore, une biographie de notre héros par Véronique Boudon-Millot.
4.   At the editor's request, the reviewer supplied the following list of translations of the Galen text:

-Kotzia P., Sotiroudis P., Γαληνού, περὶ ἀλυπίας , Hellenica 60, 2010, p. 63-150.
-Rothschild (Clare K.) et Thompson (Trevor W.), « Galen: "On the Avoidance of Grief », Early Christianity, 2011, p. 110-129.
-Galeno. L'anima e il dolore. De indolentia. De propriis placitis, a cura di Ivan Garofalo e Alessandro Lami, Milano, BUR, 2012.
-Nutton (Vivian), Galen. Avoiding distress, Cambridge University Press (as the first volume in a series of Galen translations, under the leadership of Philip van der Eijk (à paraître).
-Vegetti (Mario) (à paraître)

1 comment:

  1. Nel ringraziare Danielle Gourevitch per la sua recensione e i suoi apprezzamenti, non posso trascurare di fare una precisazione, che ritengo doverosa. Quando ella dice: «Des éditeurs ou traducteurs (dont la liste figure aussi p. 21), seule Paraskevi Kotzia a été conviée au séminaire» lascia, forse involontariamente, intendere che ci sia stata una deliberata esclusione di alcuni a favore di altri. Non è assolutamente così, non esiste una risposta «italiana» all'edizione del testo, e non vedo proprio come potrebbe esistere. La raccolta di articoli, come ho detto nel mio intervento, è frutto di un seminario interno al Dottorato in Filologia greca e latina dell'università di Firenze, che ha potuto usufruire di pochissime risorse economiche (anche personali: si sappia che a questo è ridotta l'università italiana). In questo ambito, come già altre volte, si è potuto far ricorso a un accordo Erasmus con l'università di Thessaloniki e sono stati invitati colleghi e amici (per lo più su base volontaria) a mostrare ai nostri dottorandi lo straordinario interesse e le difficoltà del 'nuovo' De indolentia. Un ringraziamento voglio qui di nuovo esprimere per la loro disponibilità. Di più non si poteva fare. Non è dunque tanto questione di scelta e non esiste assolutamente un partito «gallophobe», come maliziosamente evocato. Considerando anzi i moltissimi anni di ricerche in comune, stima reciproca e amicizia personale con i colleghi francesi, si potrebbe parlare piuttosto di un gruppo «gallophile».

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