Saturday, February 27, 2010

2010.02.78

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Monika Trümper, Die 'Agora des Italiens' in Delos: Baugeschichte, Architektur, Ausstattung und Funktion einer späthellenistischen Porticus-Anlage (2 vols). Internationale Archäologie Bd. 104. Rahden/Westf: Verlag Marie Leidorf GmbH, 2008. Pp. xv, 531; 222 p. of plates. ISBN 9783896463760. €129.80.
Reviewed by Élodie Cairon

[Table of contents at the end of the review.]

L'Agora des Italiens de Délos, depuis sa découverte, est l'objet de discussions et de controverses devenues internationales. Ainsi le sous-titre du livre de M. Trümper, Baugeschichte, Architektur, Ausstattung und Funktion einer spüthellenistischen Porticus-Anlage est programmatique : en offrant une nouvelle synthèse historique, architecturale, ornementale de l'édifice, l'auteur souhaite proposer une étude méthodologiquement destinée à redéfinir la fonction de l'édifice et ainsi, sa dénomination.

Lors de la grande répartition des chantiers de la Grèce à la fin du XIXe siècle, l'École française d'Athènes acquit Délos. C'est sur ces chantiers, héritage des grandes fouilles de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, que travaille encore aujourd'hui l'École française.

Th. Homolle, un des directeurs de l'École française, entreprit en 1877 les fouilles de Délos. Dans un compte rendu des fouilles daté de 1880, il écrit : "Entre le temple et le Lac se trouvait l'Agora. Ce nom a été donné depuis longtemps déjà à la grande place R [ruines de l'Agora des Italiens], située au sud du Lac".

La forme et la disposition de l'Agora des Italiens reproduit la description donnée par Vitruve de l'Agora. Cependant Th. Homolle, déjà, dans son rapport de 1880 éprouva le besoin de justifier le nom d'Agora par une preuve. La preuve, comme il l'écrivit, était fournie par la quantité d'amphores brisées et par la vingtaine d'amphores entières qu'il trouva plantées en terre et alignées comme dans un cellier ou dans un magasin et par les comptes des hiéropes dans lesquels on lit souvent la mention de sommes payées par les administrateurs des finances de la ville, aux trésoriers sacrés, pour le loyer de l'Agora. Selon Th. Homolle, on avait là la preuve que l'Agora était une propriété du dieu.

Or, et c'est un trait tout à fait remarquable et notable de l'Agora des Italiens, l'édifice, est, comme on le sait désormais, purement civil. Ainsi, les premiers fouilleurs se sont trompés sur la destination de l'édifice. Le nom donné à l'édifice, quant à lui, est resté.

En suivant M. Trümper, une présentation synthétique de l'édifice peut être proposée: L'édifice mesure 8148 m2. Le centre est constitué d'une cour entourée de quatre portiques enfermant 3440 m2 de terrain sans pavement. Autour des colonnades, on a une série de sept exèdres ; 29 niches ; des Thermes avec deux salles circulaires, des sudatorium ; à l'Ouest, un groupe de trois salles ; des latrines, à l'Ouest et à l'Est. L'accès à l'édifice se fait par des Propylées à l'Ouest et par deux entrées étroites sur le cöté, à l'Ouest et à l'Est. Deux rangées de boutiques s'alignent le long du portique Est et du portique Sud tandis qu'une rangée de boutiques à l'angle Nord-Ouest n'ouvre pas sur l'intérieur de l'Agora mais donne sur l'extérieur.

La date de construction (examinée pages 351 à 359) n'a pas été déterminée avec certitude mais il est possible d'avancer que l'édifice, qui a connu plusieurs phases de construction, a été construit autour de 120 av. J.-C. Les boutiques pourraient avoir été ajoutées peu de temps après l'achèvement du bütiment central, les salles des Thermes et les niches quelque temps avant 88 av. J.-C. Même si l'on ne sait pas à quel point les troupes de Mithridate détruisirent Délos en 88 av. J.-C., on a la preuve de travaux de restauration (niches, statues, portiques, inscriptions restaurées). Il faut également envisager que l'Agora ait pu être dévastée à nouveau par des mercenaires aux ordres d'Athénodöros en 69 av. J.-C. Après cet événement, l'absence d'inscriptions ou d'activités tend à avancer que l'édifice a été abandonné finalement dans cette période de déclin général du port de commerce.

C'est en 1939 qu'est parue la première synthèse sur l'édifice. Elle est due à É. Lapalus. Elle a été publiée dans une des séries de l'École française, "Exploration archéologique de Délos" sous le titre, "L'Agora des Italiens".

É. Lapalus consacre 291 pages à la description de l'édifice et l'interprète ensuite en six pages. Il rapproche l'Agora des Italiens de l'Établissement des Poseidoniastes, à Délos, et du Piazzale degli Corporazioni, à Ostie. Mais il remarque le caractère spécial de l'Agora des Italiens car les parties réservées au négoce sont extérieures, et comme indépendantes du bâtiment principal. En conclusion, il écrit que par ses dispositions d'ensemble comme par son utilisation l'Agora des Italiens apparaît comme un édifice intermédiaire entre les leschés et les Thermes romains.

Les principales interprétations de la fonction de l'édifice qui ont suivi cette première synthèse ont paru dans des articles ou des chapitres d'ouvrages qu'il faut ici résumer brièvement : des archéologues français ont proposé d'y voir un édifice aux fonctions multiples, un lieu de réunion et de commerce, luxueux, pour les Romains et les Italiens de Délos. M. Cocco et F. Coarelli ont identifié l'édifice comme un marché aux esclaves, extrêmement protégé et hermétiquement isolé. N. K. Rauh a reconnu une installation pour tous types de loisirs associant une palestre, une arène pour les gladiateurs et des Thermes.

Si l'Agora des Italiens se prête à tant d'interprétations, le lecteur l'aura deviné, c'est qu'il est unique en son genre. M. Trümper, ainsi, relève un défi. La description matérielle de son livre est, à ce sujet, parlant.

Le livre est constitué de deux volumes. Le deuxième volume réunit 162 dessins et 222 planches de photos et un supplément, le plan de masse. Les photographies, pour la plus grande part, ont été prises par l'auteur elle-même. Elles sont majoritairement en noir et blanc, contrastées et d'une qualité exemplaire. Il faut ici saluer le travail de l'éditeur.

Le premier volume "Text", XV-531 pages, utilise deux tailles de police qui, comme l'auteur l'explique p. XV, permettent de visualiser ce qui relève d'une part d'informations et de résultats d'importance, d'autre part d'explications et d'analyses détaillées. Le texte est complété par 2370 appels de notes de bas de pages.Le texte est suivi par son résumé en anglais, p. 407-410.

Les annexes (p. 412-463) sont constituées de onze tables : tables 1 et 2, niches et exèdres (mesures, etc) ; tables 3 à 8, tepidarium circulaires hellénistiques (de Aï Khanoum à Vulci) et répertoire des formes des bains grecs dans des contextes divers ; table 9, inventaire des trouvailles dans les boutiques et les niches ; table 10, répertoire des inscriptions de l'Agora des Italiens (classées selon leur numéro dans "Inscriptions de Délos") ; Table 11 : dédicaces pour des Romains et des Italiens par des Romains et des Italiens. Les tables sont suivies du texte original des inscriptions de l'Agora des Italiens. A la page 476, commence la bibliographie constituée de 780 références. Les pages 501 à 519 présentent le contenu des dessins et planches du deuxième volume. Enfin, suit l'index à quatre entrées (lieux et monuments à chercher, pour Délos, en français ; noms antiques ; inscriptions citées dans le texte ; auteurs antiques).

L'introduction, et on pourrait y voir un paradoxe, est brève. Or, précisément, ces douze pages fournissent l'explicitation du livre, rédigé dans la connaissance d'un matériel découvert qui n'a pas encore été analysé ni publié voire d'études spécifiques à la réalité délienne manquantes sur certains sujets. Ainsi, l'état actuel des choses a décidé M. Trümper au choix d'une méthode précise, indépendamment de ce qui, comme elle le dit, pourrait être entrepris pour combler les lacunes.

Cette méthode qui utilise les méthodes traditionnelles d'analyses propres à l'histoire des édifices, à l'histoire de l'art, à l'histoire, intègre des formes de questionnement et des théories assez récentes. La situation complexe de l'édifice en tant que tel (architecture, pavement, sculptures, trouvailles et inscriptions très diverses) empêche de pouvoir interpréter seulement l'ensemble et implique un type différent d'appréhension et d'analyse.

Pour l'exemple, la division consacrée aux Propylées (p. 51) s'intitule "Das Propylon : Attrappe oder reprüsentativer Haupteingang ?". L'auteur fournit dans le texte qui suit un véritable travail d'investigation fait de questionnements explicatifs, de l'énoncé des assertions de certains chercheurs ou des questions d'autres chercheurs, et, en réponse, d'hypothèses rejetées pour les unes ou envisagées pour l'autre. La description s'insère dans chaque étape de ce qu'on pourrait avoir envie d'appeler l'enquête.

L'ouvrage révèle un souhait d'exhaustivité ; la démarche intellectuelle, fondée sur la volonté d'analyse de toutes les difficultés présentées par cet édifice, permet au lecteur d'avoir, à la fin, un tableau synoptique de la question. M. Trümper veut comprendre, et comme le dit le sens étymologique du verbe, fait entrer l'édifice dans un tout, pourtant impossible à connaître mais conçu comme possible à saisir.


Inhaltsverzeichnis XIII
Hinweise zur Benutzung XV
Einleitung, p. 1
I. Baugeschichte, p. 13
1. Umgebung und Vorgängerbauten, p. 13
2. Bauliche Entwicklung der Agora des Italiens : Der graduelle Ausbau einer geschlossenen Peristylanlage, p. 24
II. Architektur und Ausstattung, p. 51
1. Hochsicherheitstrakt oder offene Platzanlage ? -- Die Zugänglichkeit der Agora des Italiens, p. 51
2. Gestaltung und Nutzung der Hoffläche, p. 61
3. Gestaltung und Funktion der doppelstöckigen Portiken, p. 104
4. Formationsprozess der Agora des Italiens: Fundorte und Aussagekraft der Funde, p. 133
5. Luxusräume an den Portiken: Statuennischen und exedrae, p. 138
6. Ehrenhof, Memorialbau und Parkanlage: Repertoire, Präesentation und Interpretation der Statuenausstattung, p. 192
7. Sanitäre Ausstattung: Luxusbadesuite und Latrinen, p. 225
8. Läden: die ökonomische Grundlage der Agora des Italiens, p. 284
III. Der sozial-gesellschaftliche Rahmen: Bauherren -- Betreiber -- Benutzer -- Besucher, p. 293
1. Italiker und Römer in Delos: Probleme der Forschung, p. 293
2. Stifter und Geehrte innerhalb der Agora des Italiens, p. 298
3. Die Ehrenpraxis der Agora des Italiens im delischen Kontext: Ehrungen für Römer und Italiker -- Ehrungen von Römern und Italikern in Delos, p. 314
4. Nutzerkreis der Agora des Italiens: nationale Enklave oder öffentliche Parkanlage für die kosmopolitische Bevölkerung des Freihafens ?, p. 340
5. Résumé: private Munifizenz -- öffentliche Nutzung, p. 348
IV. Datierung des Baus und seiner Bauphasen, p. 351
V. Benennung des Baus: von der Agora des Italiens zur Porticus Italicorum, p. 361
VI. Porticus Italicorum: Funktion und Nutzung, p. 365
1. Funktion und Character der Porticus Italicorum: eine luxuriöse Parkanlage im späthellenistischen Delos, p. 366
2. Die Porticus Italicorum im Kontext späthellenistischer und spätrepublikanischer Architektur, p. 386
Summary: The 'Agora des Italiens' in Delos. History, architecture, decoration, and function of a Late Hellenistic porticus-complex, p. 407
Anhang, p. 411
Literatur und Abkürzungsverzeichnis, p. 476
Abbildungsverzeichnis, p. 501
Tafelverzeichnis, p. 507
Indices, p. 520Tafelverzeichnis, p. 507 Indices, p. 520

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